Un peu de tout au fil des jours.
Lorsque j'arrive dans le bureau le matin, à peine réveillée, jus de pamplemousse d'une main et médocs de l'autre, des miettes dans les yeux comme dit Victor et l'esprit embrumé, je la trouve bien souvent installée sur ma chaise. Je fais valoir mes droits sur le dit siège, elle obtempère avec un air de princesse outragée.
Commence alors, chaque matin, la même scène.
Elle n'a qu'une idée en tête : venir s'installer sur le bureau, entre le clavier et moi pour un câlin. Moi, je n'ai qu'une idée, aller lire peinardement ce que vous avez écrit dans la nuit et faire une petite partie de spider solitaire.
Voilà un bel exemple de conflit d'intérêts.
Pourquoi je vous raconte ça ce matin ? Parce que comme chaque matin, grignotant centimètre par centimètre, regardant de l'autre côté avec une feinte indifférence quand je proclame haut et fort "non Moumoune, tu m'embêtes, je n'ai pas envie de te faire un câlin, fous moi la paix" elle a fini par y arriver. Seulement voilà, et c'est là qu'on peut mesurer combien je suis sans coeur, j'ai bien rigolé. Je n'étais pas collée au bureau, elle s'est donc installée sur mes genoux, mais voilà la place est exiguë et inconfortable. Coincée elle ne peut même pas se coucher. Son dos est un immense reproche à lui tout seul. Mais la jeune fille n'en démord pas : elle ronronne, se tortille pour tenter de trouver une meilleure position, mais n'abandonne pas le terrain conquis de haute lutte contre sa maîtresse indigne.
Alors quand même, je vais le lui faire son câlin du matin parce que je sais bien que, même si parfois elle m'agace, il y aura un jour où elle ne sera plus là et où je donnerai tout au monde pour être encore en but à ses assiduités et mettre une heure pour aligner trois mots pleins de fautes de frappe.